Florence Braud : Aide soignante, blogueuse, gentillothérapeute !


« J’ai appris l’empathie sur Twitter »

 

Illustration : Florence Braud

Qui n’a jamais croisé, au cours de ses pérégrinations twitteresques, @Babeth_AS, alias Florence Braud ?

Blogueuse tout en émotion et conviction, Florence partage son quotidien d’Aide soignante au travers de ses billets postés sur soignanteendevenir.fr et incarne une voix désormais incontournable de la communauté du soin.

 

Rencontre et décryptage de la blogosphère avec l’Aide soignante la plus connectée de la galaxie ! 💫

 


 

Bonjour Florence, pouvez-vous vous présenter brièvement ?

Je viens d’avoir 40 ans. Je suis aide-soignante depuis 3 ans, et je travaille en psychiatrie, dans un EPSM en Bretagne depuis 1 an. Je suis également  blogueuse, adepte de la gentillothérapie, depuis 7 ans.

J’ai exercé pendant des années comme monitrice-éducatrice puis comme aide à domicile parce que je ne trouvais pas d’emploi dans mon secteur.

Il y a cinq ans, alors que mon père était en fin de vie, j’ai décidé de passer le concours d’aide soignante. Je l’ai évoqué en quelques mots dans un billet sur mon blog, dans un billet intitulé « Le bol d’eau chaude ».

 

 

J’ai donc parlé de ces beaux moments qui me faisaient aimer mon métier

 

Quand avez-vous créé votre blog ?

J’ai créé mon premier blog sous le pseudo de Babeth en 2010. J’évoquais ici les multiples facettes de mon métier d’aide à domicile : aide ménagère, confidente, dame de compagnie, souffre-douleur, taxi…

Grâce à ce blog, j’ai été « repérée » par le site www.infirmiers.com ; le début du succès (je blague).

Je voyais mes textes repris mais je ne pouvais pas les revendiquer. Puis j’ai contacté  doc’éditions pour leur proposer d’écrire pour une de leurs publications. Et je me suis retrouvée à signer d’un côté sous ma vraie identité et de l’autre sous un pseudo. Je me suis dit : pourquoi ne pas y aller franco ? J’ai fait le ménage sur mon ancien blog (toujours en ligne) que je jugeais trop personnel et j’ai ouvert, en juillet 2016, le blog soignante en devenir sous mon vrai nom.

Entre temps j’avais aussi créé le blog Aux petits soins à mon entrée à l’école d’aide-soignante en 2013. Ici, je décrivais mon parcours d’étudiante à 36 ans et mes débuts dans ce nouveau métier.

 

Qu’est-ce qui vous a donné envie de créer un blog ?

Au départ, je voulais raconter mon quotidien d’auxiliaire de vie. J’ai donc parlé de ces beaux moments qui me faisaient aimer mon métier. Et de moins jolis, beaucoup moins jolis, qui me faisaient douter de tout, et surtout de moi.

Ce premier blog m’a permis de m’exprimer, d’écrire sur des tas de choses que je n’aurais sans doute pas osé dire « en vrai ». Mais il m’a aussi permis de rencontrer des femmes que j’admire comme :

  • Clara de Bort, mon idole (j’assume complètement mon côté groupie).
  • Christine Maynié, un médecin qui avait un blog qu’elle a fermé depuis.
  • Manuela Wyler, qui nous a quittés, qui tenait le blog fuck my cancer.
  • Hélène Bénardeau alias Pernelle, partie aussi, dont je parle dans ce billet.
  • Laurence Rossignol (ministre des familles, de l’enfance et des droits des femmes), rencontrée lors d’une rencontre de blogueurs (ici et ).
  • Leya-MK, masseur-kinésithérapeute…

J’en oublie, c’est sûr, il y en a tellement… Pour la parité, on peut citer quelques hommes : Baptiste Beaulieu, Litthérapeuthe, ilétaitunefoisenpsy , Martin Winckler

 

 

Dans nos métiers, on voit tous les jours des choses que l’on ne devrait pas voir

 

 

Vous avez ouvert votre compte Twitter en même temps ?

Oui, je l’ai ouvert en décembre 2010, là aussi au départ sous un pseudo @Babeth_AS (il est désormais associé à ma véritable identité).

Sur Twitter, j’ai découvert un nouvel espace de parole, très différent du blog.

J’ai participé, en mai 2014, à la création du club MedEdFr, une déclinaison de l’initiative américaine Mededchat. L’idée était, au départ, d’organiser un chat sur Twitter deux fois par mois à 21h. Les participants se retrouvent sur Twitter pour échanger, pendant une heure autour des questions d’enseignement en santé. Le chat s’articule autour de 3 questions centrées sur un thème commun choisi chaque semaine, et est modéré par l’un des organisateurs.

Les débats sur Twitter se sont envenimés en marge du mededfr, sur certains sujets (les brutes en blanc, le consentement, entre autres). Certains soignants se sont sentis agressés alors qu’il n’y avait à la base rien d’agressif. Des comptes se sont cadenassés, j’ai trouvé cela dommage. Beaucoup de comptes se moquaient publiquement des patients experts. J’ai eu la désagréable impression que des camps se formaient et que le dialogue devenait de plus en plus difficile.

Le MedEdFr existe toujours, mais est actuellement en sommeil. Les débats sont plus espacés. L’équipe s’est élargie et je suis moins présente aujourd’hui car j’ai pris plusieurs autres engagements – c’est le problème quand beaucoup de sujets t’intéressent.

En tout cas, cette expérience a été très formatrice pour moi. Elle m’a permis de me sensibiliser au rôle des aidants dont on parle finalement peu. Elle m’a aussi obligée à porter un regard différent sur mon métier d’aide-soignante, à finalement me décentrer. J’ai appris l’empathie sur Twitter.

Et c’est une réelle aide dans mon travail aujourd’hui. J’essaie d’être non-jugeante, et ça me permet de progresser, d’où le nom de mon blog.

Dans nos métiers, on voit tous les jours des choses que l’on ne devrait pas voir. On parle de choses que l’on ne montre pas, comme le quotidien de la dépendance avec des conditions de prises en charge catastrophiques.

 

 

Même si on est « juste aide-soignante », on peut essayer de faire bouger les choses

 

 

Pourquoi est-il important de s’engager comme vous le faites avec votre blog mais aussi les réseaux sociaux ?

A force de s’exprimer, on nous donne vraiment la parole. C’est ce qu’il m’est arrivé.

Et, même si on est « juste aide-soignante », on peut essayer de faire bouger les choses.

Aujourd’hui par exemple, je participe au comité de rédaction du magazine « Travail social actualité » qui traite de l’actualité de l’action sociale. J’ai été consultée avec d’autres professionnels de santé lors de rencontres comme celle organisée par Laurence Rossignol.

Une prise de parole individuelle sur les réseaux sociaux peut devenir collective. Elle peut être relayée.

Je trouve que les gens restent hyper corporatistes dans leurs plaintes et moi la première à une époque.

Avant, je sais que j’avais ce côté râleur et Twitter a contribué à changer ma manière de voir les choses et d’agir.

Aujourd’hui je ne dis pas « ne râlons pas » mais « râlons ensemble pour un but commun » qui est, à mon sens, le bien-être du patient. Je pense que l’on peut tous trouver ensemble des solutions. Si les soignants souffrent, les patients souffrent.

Mais eux sont malades, et ils n’ont pas le choix. D’ailleurs le mot « patient » en dit long sur leur condition, puisqu’il vient du latin « patientem », de « pati » : souffrir.

 

 

Je regrette toutefois que certains métiers soient sous représentés sur le web

 

 

Quel regard portez-vous sur la blogosphère santé et le web santé en France ?

Je lis et je consulte beaucoup de blogs. Je suis beaucoup de comptes Twitter.

J’apprends énormément. J’aime bien les échanges et l’interactivité

qui en découlent.

Ces échanges m’ont permis de m’ouvrir sur de nouvelles pratiques comme le concept de l’Humanitude, une philosophie du soin et de la relation développée par Gineste et Marescotti. Il s’agit d’une approche des soins fondée sur l’adaptation du soignant au patient.

La blogosphère, il me semble, permet de penser l’hôpital différemment et d’essayer de faire avancer les choses. Je dis souvent qu’il est plus facile de râler dans son coin et de pointer ce qui ne fonctionne pas que de faire en sorte que cela change.

Je regrette toutefois que certains métiers soient sous représentés sur le web. Par exemple, je n’ai pas trouvé de blog par sur les auxiliaires de vie et très peu d’aides soignantes à part les dessins de @soskuld.

L’image qu’on nous montre à voir de l’aide-soignante m’agace. On a souvent ce cliché de l’aide-soignante gentillette. Mais pourquoi ne prennent-elles pas plus la parole ? Pourquoi ne les entend-on pas, alors que les infirmières sont ultra représentées? J’avais d’ailleurs écrit un billet sur ce sujet.

 

 

J’aimerais que l’on arrive tous à mieux communiquer dans un but commun : le bien-être du patient

 

 

En qualité d’acteur de terrain privilégié, comment imaginez-vous le système de santé de demain ?

Je rêve de plus de dialogue entre soignants, patients et aidants. Je trouve que le rôle des aidants n’est pas assez pris en compte aujourd’hui. J’aimerais que l’on arrive tous à mieux communiquer dans un but commun : le bien-être du patient. Suis-je idéaliste ? C’est peut-être mon côté bisounours.

 



Suivez @Babeth_AS sur Twitter !

 



 

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