Philippe Bismuth: « On aide à faire une médecine générale de l’avenir » (2/2)


Suite de nos échanges avec le Dr. Philippe Bismuth. Ce médecin généraliste, que nous avons découvert via ses textes d’anticipation autour de la santé de demain,  est parmi les fondateurs de la première MSP de la Drôme. Il est également facilitateur à la FFMPS et enseignant à l’EHESP, où il forme les futurs coordinateurs des Maisons et Pôles de Santé (MSP).

Acteur engagé pour une évolution de notre système de santé en phase avec les constats et besoins terrains, tant du coté des soignants que des patients, Philippe a bien voulu partager avec nous sa réflexion quant au rôle clé des MSP, au service de l’accès aux soins.


Au commencement, il y avait des médecins, nombreux, travaillant souvent seuls dans des cabinets situés à leur domicile.

Petit à petit, certains confrères parmi les plus inspirés, souvent par intérêt  financier,  ont commencé à créer des regroupements, maisons de médecins, cabinets à plusieurs (création de SCI, de SCM), afin de diminuer les coûts, et de pouvoir revendre la « patientèle » ( environ la moitié du CA de l’année), sans  toucher à leur résidence principale.

D’années en années, 3 phénomènes apparaissent :

  • La raréfaction des médecins, (le numérus clausus n’augmentant pas assez pour compenser les départs à la retraite),
  • La féminisation de la profession (60% des nouveaux médecins sont des femmes), qui entraine une cassure dans les équivalents temps pleins des arrivants par rapport aux partants, ceci dit, même les nouveaux diplômés hommes ne veulent plus faire 15h de travail journalier…
  • La création des départements de médecine générale dans les facultés, qui « cocoonent » les futurs médecin généralistes (MG), et leur apprennent à se préserver (burnout, avoir une activité annexe, faire du sport, avoir une vie de famille)…Ces départements revendiquent une vraie spécialité dans la MG, comme le démontre le « Carré de White ».

Ce que signifie ce carré, c’est que tout ce qu’apprend un futur MG , il le fait sur un patient qui ne représente que 1/1000ème  de la pathologie réelle, et tous les articles, recommandations, protocoles, sont faits à partir des publications tirées de CE cas unique sur 1000.

Carré de White
« Sur 1000 adultes exposés à un problème de santé, 1 sera hospitalisé, et on apprend la médecine sur ce 1. »

D’où une sous-représentation de la valeur de la médecine générale, et sa quasi-inexistence dans les publications.

Tout cela amène à l’offre de soins de premier recours : le MG.

Devant le manque de médecins adhérents aux syndicats professionnels, des grands fous visionnaires ont commencé à repenser l’offre de soins, en se basant sur les expériences américaines – création de la FFMPS – et des centres de soins.

Les MSP sont des maisons médicales où travaillent côte à côte et parfois ensemble, des professionnels de santé, MG, IDE, kinés, pharmaciens, orthophonistes, orthoptistes, diététiciennes, psy etc.

Le but étant de pérenniser l’offre de soins et de combattre la désertification médicale en proposant une autre façon de faire du soin, en plaçant le patient au centre d’un système dans lequel les différents acteurs de sa santé coopèrent.

Source : http://solutionsmedicales.fr/gerer-un-cabinet/etat-des-lieux-des-poles-et-maisons-de-sante-2016

Pour cela, ces professionnels sont maîtres de stage, accueillent des externes (4ème et 5ème année de Médecine, et des internes de niveau 1 : 5ème et 6ème semestre d’internat en Médecine Générale), les forment à la pratique de la Médecine Générale en cabinet. Ces mêmes étudiants font progresser leurs maitres de stage car ceux-ci sont amenés à se ré-évaluer, et à se former à leur contact ( d’autant qu’on pouvait très bien ne plus suivre de formation depuis la fin de ses études jusqu’à la retraite).

  • Ils établissent également des protocoles de soins : comment prendre au mieux en charge un diabétique, un HTA (hypertension artérielle), un insuffisant respiratoire ou rénal.
  • Ils se réunissent en RCP (réunions sur des cas complexes) pour exposer leurs problématiques de diagnostic, de traitement ou de prise en charge.
  • Ils disposent d’un SI partagé (système d’information = logiciel commun), où ils peuvent lire, avec son consentement, le dossier du patient.
  • Un secrétariat répond durant la journée et « dispatche » les demandes des patients (un médecin est toujours disponible pour les cas de consultations non programmées).
  • Un ou une coordinatrice gère la structure pour la faire correspondre au cahier des charges établi par l’ARS (Agence Régionale de Santé) : le règlement arbitral. Ce sont ces coordinateurs que je forme à l’EHESP.
  • Enfin et si tout va bien (!), une rémunération d’équipe est prévue : les NMR (nouveaux modes de rémunération) qui tient compte de la patientèle des MG et des actions entreprises, pour payer le SI mais aussi la coordination, et rémunérer les heures de réunion

Les temps changent : les nouveaux médecins ne veulent plus s’installer seuls dans des cabinets isolés, les communes se désertifient en offre de soins primaires, et les MSP sont l’un des moyens de créer une nouvelle façon de travailler ensemble, autour d’un patient.

Source : http://www.angle-mort.fr/fiction/aujourdhui-je-suis-paul/

Pour conclure

Idéalement, cela est super, une équipe, des patients….

Mais il faut quand même combattre la résistance au changement de certains MG plus âgés, qui, même s’ils intègrent, en fin d’activité, une MSP, se comportent encore « à l’ancienne » et n’ont pas la même vision de la relation avec les patients, avec les jeunes MG ou avec les para-médicaux.

Ce sujet de la relation patient-soignant de demain est un thème que je compte aborder prochainement dans l’un de mes textes, comme celui de la relation médecin-robot – le robot aidant au diagnostic. Tout cela pour continuer de m’interroger sur les évolutions de ma pratique, en tant que professionnel de santé.

A suivre !

 


Un grand merci à Philippe Bismuth pour son engagement et pour tous les échanges que nous avons pu partager.

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