Robin Mor : « Provoquer l’innovation avec et pour nos patients. »


ImpressionPour sa huitième édition, l’Université d’Été de la FHP se place définitivement sous le signe de l’innovation et interroge les impacts du numériques sur la pratique du soin. Une journée riche, marquée par les interventions de personnalités du monde politique, économique et des médias, avec comme point d’orgue la Grande Finale du Challenge de l’Innovation ; un challenge auquel ont participé plus de 60 startup, dotées de solutions visant à faciliter la vie des soignants et/ou des patients.

Rencontre avec Robin Mor, Secrétaire Général de la FHP, pour un entretien instructif et visionnaire autour des tenants et aboutissants de  cette édition très particulière…


La FHP inaugurera le 20 septembre prochain la huitième édition de son Université d’Été, entièrement consacrée aux enjeux de l’innovation pour les cliniques et les établissements de soin. Quelle signification revêt pour vous ce terme d’innovation ?

L’innovation dans les cliniques et les hôpitaux est un sujet des plus passionnants, puisqu’elle est, dans notre secteur, éminemment plurielle !
Elle est, entre autres, médicale avec de nouvelles techniques opératoires, pharmaceutique avec le développement des traitements personnalisés, technologique avec la robotique, numérique avec les applications de suivi médical, organisationnelle avec l’ambulatoire, etc.
Le sujet est donc transversal, et touche la totalité des parties prenantes de nos établissements, nous amenant à toujours réfléchir, nous questionner et prendre du recul sur nos pratiques.
Et cette innovation dans les cliniques et hôpitaux est en plus permanente !
Elle est inscrite comme un trait de caractère du secteur qui, depuis Hippocrate, n’a cessé d’améliorer ses pratiques et donc d’apporter des évolutions, des innovations ou des inventions permettant d’améliorer la prise en charge des patients.
Et elle est en permanence challengée par un cycle d’innovations qui remet en cause les innovations précédentes. C’est vrai dans notre secteur comme dans bien d’autres. Par exemple, nous ne considérons plus aujourd’hui la création d’un réseau social comme une innovation, mais comme un nouvel acteur dans marché déjà établi, alors même que nous considérions il y a à peine 12 ans Facebook comme telle.
Dans cette situation, que seront nos établissements dans 12 ans, dans 20 ans ou dans 30 ans ? Quelles innovations, endogènes et exogènes, auront profondément modifié notre secteur et changé les règles du jeu ?
Questions plus qu’intéressantes pour lesquelles nous vous invitons à la réflexion le 20 septembre lors de notre Université d’Été !

 

Robin Mor« Une (r)évolution profonde comme celle du numérique, toute bénéfique soit elle, impose une réflexion éthique et citoyenne, car elle engage toute la société dans une nouvelle voie que nous commençons tout juste à explorer, et pour laquelle nous n’avons pas encore de recul. »

 

Parmi vos invités : Christophe Labbé, journaliste au Point, qui a cosigné avec Marc Dugain « L’homme nu : la dictature invisible du numérique ». Un livre qui dénonce « un pacte secret entre les services secrets américains et Google, Apple, ou encore Facebook « . Une alerte ?

Pas une alerte, mais un contrepoint nécessaire.
Une (r)évolution profonde comme celle du numérique, toute bénéfique soit elle, impose une réflexion éthique et citoyenne, car elle engage toute la société dans une nouvelle voie que nous commençons tout juste à explorer, et pour laquelle nous n’avons pas encore de recul.
C’est donc au travers de cet échange avec Christophe Labbé que nous soulèverons la question des limites qu’il serait éventuellement nécessaire d’imposer à l’innovation. Entre autres, car nous bénéficierons également de l’intervention de Jean Léonetti qui viendra nous parler de l’affrontement entre innovations et droits des patients.
Cette nouvelle édition de notre Université d’Été, ce n’est pas un événement uniquement à charge ou à décharge de l’innovation en santé, mais bien un événement qui pose toutes les questions soulevées par ce sujet, et qui donne la parole à tous, convaincus comme sceptiques.
Et l’ouvrage de Christophe Labbé, co-écrit avec Marc Dugain, nous offrait l’occasion parfaite de donner la parole à un lanceur d’alerte sur les dangers d’une innovation sans limite.

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Cette Université d’Été accueillera également la Grande finale du Challenge de l’innovation, auquel ont concouru plus de 60 startup. Comment départage-t-on 60 startup et qu’adviendra-t-il des lauréats ?

Avant toute chose, ces 60 candidatures nous ont confirmé que le secteur de la santé grouille de pépites et d’acteurs à l’imagination et au dynamisme entrainants. Quelle fraicheur !
Nous tenons donc à féliciter ces (exactement) 63 startups et leurs équipes qui ont déjà fait de cette première édition du Challenge une réussite. Et souhaiter à chacune et chacun d’entre eux la réussite qu’ils méritent.
Quant au fait de les départager, plusieurs critères ont guidé nos choix, avec une place évidente à l’applicabilité des solutions présentées au terrain. Aux côtés de l’amélioration qualitative de la prise en charge du patient, la facilitation du travail des équipes des établissements, le caractère novateur de la solution, etc.
A l’aune de l’analyse de tous les dossiers et après 2 phases successives de sélection, nos adhérents, nos partenaires et la FHP ont retenu 2 startups finalistes par catégorie du concours, qui sont :

  • Quels nouveaux services proposer au patient connecté pré, per et post hospitalisation ?
  • Quels services digitaux  pour améliorer l’organisation des personnels et l’activité de la clinique ?

Il revient maintenant aux adhérents de la FHP présents lors de notre Université d’Été de désigner en direct les lauréats entre Nouvéal et Maéla (nouveaux services au patient) et entre Slack4Health et Ambu Track (amélioration de l’organisation de l’établissement).

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Et pour les lauréats, de beaux prix offerts par nos partenaires : le Groupe MNH et le Laboratoire Roche. A savoir : une incubation d’une durée d’un an avec la Direction innovation du Laboratoire Roche et une couverture médiatique d’une durée d’un an par le Groupe MNH. Des prix qui permettront aux startups de développer plus avant leurs solutions pour les voir appliquées, peut-être, dans nos établissements.
Profitant de ces quelques lignes, je tiens à réitérer au Groupe MNH et au Laboratoire Roche les sincères remerciements de la FHP pour leur engagement à nos côtés dans cette belle aventure !

 

Robin Mor« À nous nécessairement, en tant qu’entrepreneurs, et j’assume ce statut, de sortir du cadre, de réfléchir en dehors de la contrainte intellectuelle que constitue la norme, pour explorer de nouvelles pistes et ainsi assurer la pérennité de nos structures. »

 

« Quand l’innovation nous tombe dessus, comment réagir en entrepreneurs ? », interroge la conférence « Ubériser ou être uberisé ».
Que signifie « réagir en entrepreneur » pour un établissement ?

Vous n’êtes pas sans savoir que la santé est un secteur éminemment régulé, où le dispositif normatif est très présent. Et si nous pouvons parfois contester cette hyper régulation, elle permet avec évidence de garantir la qualité et la sécurité des soins. Mais, corrélativement, elle rend le système peu adaptable et peu flexible.
Or l’innovation n’attend que très rarement l’évolution d’un système normatif pour poindre le bout de son nez… Bien au contraire, elle le précède toujours, et le dépasse déjà lorsqu’il s’est enfin adapté. Les nouveaux acteurs naissent, se développent, se font dépasser, disparaissent, presque toujours avant même que la norme n’ait pu se pencher sur les questions qu’ils soulèvent.
Dans notre cas d’espèce, les innovations en santé n’attendent pas que la norme les accepte et encore moins qu’elle les régule. Elles se construisent en parallèle de cette dernière, exploitent ses failles et ses subtilités pour mieux s’imposer, à l’instar de nombreux autres secteurs d’activités.
Le système ne peut dès lors plus protéger nos établissements vis-à-vis d’acteurs qui exercent parfois des activités identiques et qui ne sont pas soumis aux mêmes règles. Une difficulté renforcée par cette hyper régulation, qui ne laisse pas toute liberté à nos établissements d’agir.
À nous nécessairement, en tant qu’entrepreneurs, et j’assume ce statut, de sortir du cadre, de réfléchir en dehors de la contrainte intellectuelle que constitue la norme, pour explorer de nouvelles pistes et ainsi assurer la pérennité de nos structures. L’adaptation fait partie de l’ADN de toute entreprise, et donc de l’ADN des cliniques !

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C’est cet ADN qui nous a poussé il y a 30 ans à développer l’ambulatoire dans nos établissements avant même que le système ne fasse émerger cette pratique ! Et c’est cet ADN qui poussera nos établissements à changer pour s’adapter à un nouvel environnement.

La réaction d’un entrepreneur face à ce qu’on appelle aujourd’hui communément « l’ubérisation » doit être l’action, l’innovation, la modification des pratiques. Car nous savons que subir de tels bouleversements ne peut être que destructeur.
Notre adaptation doit donc être permanente, rapide et efficace, mais aussi avant tout réfléchie. Car oui, les cliniques l’affirment, elles préfèrent fondamentalement ubériser, qu’être ubérisés !

 

Le programme évoque un risque de marginalisation des établissements par de nouveaux acteurs si ces derniers n’intègrent pas la tendance à l’ « empowerment » du patient.
A quels autres acteurs faites-vous référence et dans quelle mesure ce risque est-il réel ?

Les disruptions de marché que nous avons connues ces 10 dernières années proviennent principalement d’utilisateurs d’un service ou d’un produit qui, par les constats tirés de leurs usages, ont su profondément remettre en cause les équilibres de secteurs que l’on pensait jusqu’alors inébranlables.
Uber, BlaBlaCar, AirB’n’B, et tant d’autres sont bel et bien nés d’une expérience utilisateur, et non des « historiques » de leurs secteurs respectifs. AirB’n’B n’est pas la création d’un géant de l’hôtellerie, Uber pas plus d’une compagnie de taxi.
Et pourtant, ces anciens utilisateurs, devenus entrepreneurs, ont remis en cause des modèles qui faisaient la force de tout un secteur. On peut juger cela bénéfique ou profondément négatif, peu importe, c’est un état de fait que nous ne pouvons plus nier.
Pourquoi en serait-il autrement dans la santé ?
Sommes-nous à ce point différents qu’aucune innovation ne pourra naître de nos patients et remettre en cause notre modèle et nos structures ? Ce n’est fondamentalement pas mon avis. Je suis en effet intimement convaincu que, comme pour l’hôtellerie, le transport ou encore l’audiovisuel, les innovations les plus profondes seront issues de patients ou d’usagers qui, confrontés à un problème, proposeront une solution nouvelle que nous n’aurons pas su imaginer ou anticiper.
Et il faudra également compter sur les géants du numérique pour venir mettre leur grain de sel dans cette « nouvelle donne » de la santé.
À nous d’ouvrir les yeux, d’accompagner ces changements, de les créer avec nos patients, pour nos patients, pour finalement ne pas les subir mais bien évoluer à leurs côtés au service de la santé de tous.

 

Robin Mor« Je suis en effet intimement convaincu que, comme pour l’hôtellerie, le transport ou encore l’audiovisuel, les innovations les plus profondes seront issues de patients ou d’usagers qui, confrontés à un problème, proposeront une solution nouvelle que nous n’aurons pas su imaginer ou anticiper. »

 

Dernière question, à la fois au Secrétaire Général de la FHP mais aussi à l’entrepreneur engagé que vous êtes : quel avenir envisagez-vous pour les civic tech dans l’environnement du soin ?

Là encore c’est une évolution profonde de la société que nous connaissons.
Donner son avis, sur tout, à n’importe quel moment, transmettre son « expérience » à des centaines d’autres personnes d’un simple clic et ainsi influencer des comportements, nous permet, par voie de conséquence, d’agir sur les pratiques d’acteurs économiques qui se pensaient jusqu’alors intouchables.
Je parle là d’évolution et non de révolution car, in fine, cette tendance existe depuis toujours. Auparavant dans l’intimité de notre réseau familial, amical ou professionnel, elle est aujourd’hui potentialisée par les plateformes dédiées et les réseaux sociaux.
Le consommateur devient ainsi un influenceur bien plus puissant qu’une campagne de publicité ! D’autant plus influent que l’émetteur est considéré par ses pairs comme neutre, a contrario d’une publicité ou d’une communication de l’entreprise elle-même, dont le message est, par essence, biaisé.
Pour ma part, je tends à considérer que cette pratique va inévitablement se démocratiser dans le secteur de la santé. Et elle y est même déjà bien active !
Ne pouvez-vous pas d’ores et déjà noter certains critères du rendez-vous avec votre praticien sur les plateformes de prise de rendez-vous en ligne ? Des sites internet ne vous proposent-ils pas déjà de noter votre séjour à l’hôpital et partager votre avis à toute une communauté d’internautes ?
Et la Haute Autorité de Santé (HAS) s’y est mise elle aussi ! Le « patient-traceur » est en effet, par essence, une civic tech. Mais une civic tech encadrée, intégrant une méthode d’évaluation transversale, validée scientifiquement et commune à tous les établissements de santé.
Et ce sera là tout l’enjeu des civic tech en santé.
Car s’il n’est pas difficile d’évaluer d’un simple clic le retard de votre praticien pour votre rendez-vous ou encore le confort des oreillers lors de votre hospitalisation, il est bien plus complexe d’évaluer la qualité réelle d’une prise en charge ou le respect des droits des usagers.

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Les deux évaluations sont bien évidemment complémentaires, et indispensables pour éclairer les choix des patients, mais une séparation doit être clairement établie et chacune d’entre elles assurées par des acteurs dédiés.
S’il ne peut revenir à la Haute Autorité de Santé d’évaluer la ponctualité des praticiens, il ne revient pas davantage aux plateformes communautaires d’évaluer si un soin a bien respecté les « données acquises de la science ». Et c’est peut être bien mieux comme ça, pour tous.


Le Groupe MNH remercie Monsieur Robin Mor, Secrétaire Général de la FHP, pour le temps qu’il a bien voulu consacrer à répondre à ses questions.

Pour retrouver le programme de l’Université d’Été de la FHP, c’est ici
Pour retrouver la liste des lauréats du Grand challenge de l’innovation, c’est ici

Propos recueillis par Anne Adam Pluen

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