Bruno Palier : Protection sociale, petite enfance et égalité des chances


L’accompagnement de la petite enfance, l’harmonisation vie pro/vie perso est un enjeu de taille dans nos sociétés contemporaines, qui se fait fortement ressentir au sein des métiers du soin et de l’hôpital. Dans le cadre de son intervention à l’occasion de la 56ème AG MNH, entretien avec Bruno Palier, chercheur et penseur de la protection sociale de demain…


« Des racines et des valeurs pour demain »

Bruno Palier est co-directeur du Laboratoire interdisciplinaire d’évaluation des politiques publiques (LIEPP). Directeur de recherche du CNRS à Sciences Po (CEE), il est docteur en science politique, agrégé de sciences sociales et ancien élève de l’école normale supérieure de Fontenay Saint Cloud.

Bruno Palier est, de son propre aveu, « obsédé par les mutations des systèmes de protection sociale » en France et à l’international.
Ses travaux placent ainsi au cœur de leur réflexion la manière dont les différents systèmes de protection sociale, par la prise en compte des aléas tout au long de la vie, permettent de dépasser la condition humaine naturelle et favorisent l’émergence de communautés humaines solidaires.

« Ce n’est que si l’on s’organise collectivement qu’un système de protection sociale tenable et vecteur d’égalité pourra voir le jour »

Profondément marqué par son étude des dispositifs suédois et anglo-saxon ainsi que par les conclusions de la chercheuse québécoise Jane Jenson (1), il intègre très tôt la place de la petite enfance – et, par prolongement, l’importance de la parité professionnelle hommes / femmes – comme éléments centraux de sa pensée.
Étant donné le phénomène de reproduction des inégalités, et considérant de plus que le nombre d’enfants vivant sous le seuil de pauvreté reste une vraie problématique européenne, Bruno Palier considère que c’est en intervenant au plus tôt, dès la crèche et l’accompagnement des parents à la garde de leurs enfants, qu’il est possible de mettre un frein à ce cercle vicieux et d’apporter à chacun tout au long de la vie les mêmes chances de réussite et d’insertion sociale.

Eviter la déresponsabilisation de la société et le revenu solidaire.

Un présupposé qui induit une implication et un rôle fort du collectif dans la cité puisque que, comme l’exprime Bruno Palier :
« Ce n’est que si l’on s’organise collectivement qu’un système de protection sociale tenable et vecteur d’égalité pourra voir le jour ».
Pierre angulaire et condition de succès du dispositif : investir majoritairement dans l’enfance en faisant la part belle à l’investissement social (2) , seule manière d’identifier et de mettre en œuvre des solutions adaptées aux défis de nos sociétés contemporaines.

Son pire scenario pour demain ? Que les tenants libéraux du revenu de base parviennent à tout remplacer (par tout, entendez : salaire et protection sociale associée) par une prestation de 450 eur par mois et par personne, au risque d’arriver à une situation de déresponsabilisation de la société.

« Un monde dans lequel chacun disposerait de la liberté et de la capacité à forger et réaliser ses projets de vie »

Et dans l’idéal ? Un monde dans lequel nous serions parvenus à reconfigurer notre modèle inégalitaire autour du compte social personnel universel, et où chacun d’entre nous bénéficierait de nombreux et nouveaux droits sociaux  ; un monde dans lequel, pour paraphraser Amartya Sen, chacun disposerait de la liberté et de la capacité à forger et réaliser ses projets de vie…

 

Propos recueillis par Anne Adam Pluen


En savoir plus sur Bruno Palier : http://www.sciencespo.fr/liepp/fr/users/brunopalier

(1) Bruno Palier a notamment organisé, entre 1994 et 1998 le programme de comparaison des systèmes de protection sociale en Europe de la MIRE.

(2) La notion d’investissement social est une notion apparue à la fin des années 1990 qui s’attache à garantir la viabilité des systèmes de protection sociale dans le contexte des sociétés post-industrielles. Cette notion a pris d’autant plus d’ampleur avec la crise. Ainsi pour Bruno Palier, Frank Vandenbroucke et Anton Hemerijck, qui avaient appelé de leur voeu l’élaboration d’un pacte d’investissement social en 2011, celui-ci devait être le pendant du pacte pour l’Euro Plus afin de donner un tour positif et social aux interventions européennes.

Source : http://www.institutdelors.eu/media/europesociale-billottefernandes-ne-ijd-juillet13.pdf?pdf=ok

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