ANTOINE ZINS – TheFamily « Je pense que le pire est derrière nous ! »


Créée en 2013, TheFamily est une société visant à apporter de la cohésion dans l’écosystème des startups françaises et à soutenir les projets d’innovations, notamment dans le domaine de la santé. Pour Antoine Zins, Healthcare venture Partner chez TheFamily, c’est en générant un écosystème favorable au développement des startup que l’on pourra accompagner le système de santé français de demain.

Dans le cadre de son intervention à l’occasion de la 56ème AG MNH, l’équipe éditoriale s’en est allée à la rencontre de ce passionné…
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TheFamily est par essence une société qui vise à soutenir les startups dans leur développement; comment et pourquoi avoir décidé de les rejoindre ?

De par la profession de mes parents (père radiologue et mère épidémiologiste, ndlr), j’ai toujours baigné dans le milieu de la santé et ai été très tôt sensibilisé à ses problématiques.
Lorsque, plus tard, j’ai intégré GE Healthcare Londres, cette expérience est venue confirmer ma passion pour ce secteur. De retour à Paris, je suis allé à la rencontre de startups et j’ai découvert qu’il y avait tout un écosystème en mouvement. C’est à ce moment là que j’ai intégré TheFamily, environ un an après sa création, en 2014. Ses trois fondateurs – Nicolas Colin, Oussama Ammar et Alice Zagury – ont émis un constat : l’écosystème des startups en France est toxique. Certaines choses dans notre pays rendent toujours plus difficile la vie des entrepreneurs. Et c’est sur cet axe là que s’est développé TheFamily ; en accompagnant les startups porteuses de projets ambitieux, qui seront les géants de demain, venues de France et de partout en Europe.

Il y a 2 ans, TheFamily comptait à peine une poignée de startups en santé parmi les structures accompagnées. Aujourd’hui, l’on compte plus de 270 startups actives parmi lesquelles une vingtaine dédiées à la santé. Et au total, ce sont plus de 450 startups tous secteurs confondus qui ont travaillé avec nous depuis 2013.
Pour revenir sur la situation des startups de la santé : à l’époque, il n’y avait pas de véritable discours pour les comprendre et les aider. Ces structures évoluent dans un écosystème extrêmement complexe, impliquant un très grand nombre d’acteurs, depuis le régulateur en passant par les grands laboratoires pharmaceutiques, le système de santé Publique ou encore les acteurs assurantiels …
Quand une startup se lance dans la santé, elle se retrouve face à des complexités de réseaux inextricables. Forcément, cela appelle à un accompagnement très particulier que nous avons mis en place avec le docteur Jean-David Zeitoun, qui est gastro-entérologue et doctorant en santé publique.

Quelles sont les startups actuellement accompagnée par TheFamily ?

Nous avons la chance de travailler avec une grande variété de startups. Certaines commencent à faire parler d’elles, comme Be4Life, qui accompagne les femmes qui font du diabète gestationnel, et bientôt les patients qui font du diabète de type 1 et 2. Bym est une solution de rééducation qui change la vie de nombreux patients avec la maladie de Parkinson. Il y a aussi Boddy, qui permet d’avoir un contact avec un psychologue depuis son smartphone par chat et en vidéo. Nous avons accompagné d’autres projets plus « medtech » comme Allurion, une startup américaine qui donne une alternative aux interventions chirurgicales pour les patients souffrant d’obésité. C’est aujourd’hui une des startups les plus reconnues au monde en matière de perte de poids. Nous comptons également des structures de type prise de rdv médical, comme MadeForMed, [secrétaire virtuelle qui répond au téléphone 24h sur 24 et qui gère les agendas et les rendez-vous des professionnels de santé, ndlr]. Nous collaborons aussi avec des startups qui travaillent sur les essais cliniques comme Inato. Leur but est de réduire les coûts tout en augmentant la qualité et la sécurité des dispositifs grâce au numérique.

Difficile de ne pas se rendre compte, au vu de tous ces projets, que les nouveaux usages induits par le numérique vont révolutionner la manière d’aborder le soin, tant pour les soignants que pour les patients.
En nous appuyant sur l’expérience et le succès rencontré par la structure HealthCare de TheFamily, nous allons pouvoir diversifier davantage nos modes d’accompagnement, aller vers d’autres types de coaching, encore plus pointus, adaptés au jour le jour à l’évolution des technos et des usages.

Pour résumer, nous sommes là pour introduire, via l’accompagnement des startups, de nouveaux business models dans le domaine de la santé.

Il y a aussi des grands Groupes qui montent leur propre startup…

Nous sommes intéressés par ce type de projets. Nous collaborons avec un certain nombre de grands groupes via notre programme Pathfinder, qui vise à aider les entreprises à tester leurs projets en mode startup studio. Aujourd’hui, nous avons une dizaine de projets en cours avec des grands groupes. Nous recherchons avant tout des entreprises qui cherchent à mieux comprendre les enjeux de la transition numérique dans leur secteur et à créer des startups profitant de cette transition et capable de générer des rendements croissants. A chaque nouvel utilisateur, le rendement et la qualité du service augmentent. On observe d’ailleurs depuis plusieurs années que les géants du numérique ont eu des croissances exponentielles, de Facebook à airbnb.

Le pire scénario pour les startup de santé, quel est-il selon vous ?

Je pense que le pire est derrière nous ! Auparavant, la santé était un sujet qui faisait peur. Les développeurs se sont peu intéressés à la santé avant ces dernières années. Obamacare en 2010 a permis le développement de la santé digitale aux Etats Unis. Cela a levé beaucoup de barrières, les investissements ont explosé à tel point que les investisseurs européens se sont intéressés aux startups de e-santé. Tous ces changements ont permis que les jeunes entrepreneurs deviennent ambitieux et osent se lancer dans de grands projets liés à la santé.

Quand nous avons lancé un accompagnement santé chez TheFamily, notre première action a été de rassembler de nombreux acteurs de la e-santé. On trouve souvent des médecins ou professionnels de santé à l’origine des projets, ou bien des patients ayant traversé une expérience du soin particulière, qui les a marqués, ou encore des développeurs qui ont identifié une faille dans le parcours de soin.
Pour faire se rencontrer ces acteurs et ouvrir, partager les visions, nous avons organisé plusieurs événements autour des questions du devenir de la santé et du Big Data.
Et lors de ces évènements, nous faisons la part belle à l’éducation ; nous éduquons cet écosystème sur ce qu’est l’environnement de la santé aujourd’hui, ce qu’il sera demain, sur le rôle qu’y tiennent les startups…

Grâce à l’éducation, on ne peut pas régresser, on ne reviendra pas à la situation ante-2010. Nombreux sont les projets qui se lancent aujourd’hui. Et nous nous devons de les accueillir avec bienveillance, toujours dans ce souci d’éducation.

Quelques mots sur la protection des données de santé en France ?

La protection des données de santé reste un vrai débat. Hélas en France, notre capacité à réguler et légiférer sur un sujet aussi technique a souvent au moins une décennie de retard, ce qui empêche de comprendre, d’analyser, de se projeter et tout simplement de poser des bases saines. Pour l’instant, nous sommes bloqués dans ce domaine, ce qui empêche l’émergence de nombreux projets. Il va donc falloir attendre. Seulement, à cause de ce blocage, beaucoup d’entrepreneurs en santé partent ailleurs. Nous ne disposons que de très peu de moyen d’innover pour l’avenir de la santé en France, alors que nous disposons de l’un des systèmes de santé les plus enviés au monde. C’est quand même un comble !

Quel conseil donneriez-vous à un jeune startuper qui veut se lancer ?

D’abord, identifier un problème qui le tient à cœur et comprendre l’écosystème, l’environnement autour. Il faut qu’il trouve un moyen efficace pour résoudre ce problème. Le plus important réside dans l’exécution…

 

Propos recueillis par Christelle Cozzi et Anne Adam Pluen

 


L’équipe du Groupe MNH tient à remercier Antoine Zins et The Family pour cet entretien.
Pour découvrir le profil d’Antoine Zins, cliquez ici.
Pour suivre l’intervention d’Antoine Zins à l’occasion de la conférence MNH « Des racines et des valeurs pour l’avenir », c’est ici.

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