« Il faut que l’hôpital soit vecteur d’innovation sur le terrain et auprès des acteurs»


Elèves Directeurs d’Hôpitaux de la très dynamique promotion Simone Iff de l’EHESP (Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique), Clément Triballeau et Jocelyn Dutil, comme tous leurs camarades de promo, prendront d’ici quelques mois leurs fonctions au sein d’un établissement de santé.

Concernés au premier plan par les évolutions de l’hôpital et les grands enjeux de santé publique, ils ont accepté de partager avec nous leur vision du métier de Directeur d’hôpital…

Retour sur notre rencontre à l’occasion de la Paris Healtcare Week 2016.

Commençons pas le commencement : pourquoi la santé publique, pourquoi l’hôpital ?

Clément Triballeau : Avant de rentrer à l’EHESP j’étais étudiant à Sciences Po Rennes : c’est dans le cadre de mes études et de mes réflexions sur mon orientation professionnelle que j’ai été amené à rencontrer des directeur d’hôpitaux et à découvrir leur métier. Durant ma formation à Sciences Po, j’avais déjà été sensible à tout ce qui touche au service public et au management. Et faire avancer le service public au quotidien en manageant des équipes, c’est vraiment le rôle d’un directeur d’hôpital. Autre point qui m’a véritablement interpellé dans ce métier : en tant qu’acteur de l’hôpital public, nos réalisations, nos décisions ont des impacts directs sur le quotidien de la population.  Nous avons la chance de pouvoir voir avancer concrètement nos projets : construction d’un nouveau bâtiment,  achat de matériels de haute technologie, améliorations du parcours du patient ainsi que de la qualité de vie au travail des équipes…

Enfin, être acteur de l’hôpital est valorisant :  on a un métier qui est tout de suite identifié, qui parle tout à chacun. C’est à mes yeux valorisant d’exercer une profession qui est socialement reconnue et de travailler pour le service public préféré des français.

Jocelyn Dutil : J’ai présenté le même concours que Clément en 2014. Auparavant, j’étais en poste à la Direction générale de la santé où j’intervenais sur des sujets de prévention (VIH/sida puis tabagisme). Mon parcours universitaire m’a fait passer par le département de géographie de l’Ecole normale supérieure de Lyon, puis par l’Ecole nationale des services vétérinaires et Sciences Po. Je me suis spécialisé dès 2010 sur les questions de santé par le hasard des concours  : le programme de géographie pour le concours d’entrée 2010 de l’ENS de Lyon portait sur les liens entre environnement et santé. J’ai eu la chance d’avoir un très bon professeur en khâgne, qui m’a réellement passionné !

Mon goût pour la recherche et la santé publique m’a conduit au Ministère de la santé en 2013. Puis l’hôpital s’est imposé comme la suite logique de mon parcours.  En effet, le rôle d’un directeur n’est pas qu’organisationnel : il est aussi un acteur majeur de la prévention sur son territoire. En raison d’une interaction quotidienne avec de nombreux acteurs de la santé publique, le poste de directeur d’hôpital, très exposé, cristallise beaucoup d’enjeux de santé pour un territoire. Et cet aspect très opérationnel et très terrain, très concret comme le dit Clément, ne se retrouve pas dans beaucoup de corps administratifs.

Quelle vision avez-vous de l’hôpital et de votre future profession ?

C.T. : Les deux précédentes générations de directeurs d’hôpitaux ont eues une influence majeure. La première génération a été celle des directeurs « bâtisseurs », constructeurs des établissements dans lesquels nous travaillons aujourd’hui. Puis, lui a succédé la génération des directeurs « chefs d’entreprise », qui ont mis en œuvre des réformes importantes comme le programme de médicalisation des systèmes d’informations, l’obligation d’avoir un projet d’établissement à l’image d’un projet d’entreprise ou encore la tarification à l’activité (T2A).

Quant à moi, je me vois comme un directeur « startuper » si on peut dire. Nous intervenons dans un environnement traditionnellement très hiérarchisé mais à mon sens la légitimité associée au statut (praticien, infirmier, ingénieur, secrétaire, directeur…) ne suffit plus. Lorsque l’on travaille en équipe les qualités humaines de chacun priment d’avantage sur nos « étiquettes » respectives pour conduire des projets. L’enjeu à venir sera de promouvoir le management collaboratif et l’innovation permanente à l’hôpital, et, quelque part, d’importer ce qui marche dans le monde des start-ups de santé, ceci afin de collaborer de manière plus horizontale. Étant donné les changements que l’on va devoir impulser (groupements hospitaliers de territoires, virage ambulatoire…), si l’on ne se donne pas les moyens de de faire participer les équipes et des les acteurs de la santé publique aux décisions qui feront l’hôpital de demain, cela sera compliqué de faire avancer les choses. Notre génération doit parvenir à dépasser les clivages traditionnels.

Le sujet des groupements hospitaliers de territoire (GHT) porte à ce titre un énorme enjeu pour les directeur actuels et à venir, à savoir : parvenir à créer du lien entre les équipes hospitalières du territoire et organiser des filières de soins graduées pour faciliter la prise en charge du patient au sein de l’hôpital et en dehors en lien avec ses partenaires.

Justement, comment vous imaginez-vous interagir avec les nouveaux acteurs de la santé ?

C.T. : Nous travaillerons évidemment beaucoup avec des  partenaires externes dont les start-ups en santé font parties, mais je pense que chacun restera dans son rôle. Nous collaborerons ensemble dans un même but, mais avec des méthodes différentes. Il faut voir la plus value de chaque partenaire, qu’il soit privé ou public. Tant que l’on partage les mêmes valeurs, c’est l’essentiel.

J.D. : Nous sommes sur une fonction d’animation, de coordination et de mise en réseau qui dépasse souvent l’hôpital (start-ups, laboratoires, universités, associations, entreprises privées, etc.). Le plus important, ce n’est pas la structure, mais l’objectif de la collaboration. Chacun apporte son expertise, tout en conservant ses marges de manœuvre. L’hôpital doit être un vecteur d’innovation sur son territoire et auprès des acteurs de terrain et de la population. On cherche véritablement à le décloisonner. A l’avenir, ce n’est plus le patient qui s’adaptera aux institutions, mais les institutions qui s’adapteront aux patients, et les collaborations que nous allons développer doivent prendre cela en compte.

Quelques mots sur la place et le rôle de l’hôpital dans le soin et la santé publique ?

C.T. : Nous avons largement évoqué le rôle majeur de la prévention et le rôle de l’hôpital dans ces actions sur son territoire. Or, parce que nous allons dans le sens de plus de sensibilisation des personnes à la préservation de leur santé au quotidien, on a tendance à parler d’une surmédicalisation des patients à venir : bracelets connectés, suivi numérique de notre état de santé. Mais est-ce que cette surmédicalisation n’est finalement pas déjà la réalité actuelle ? Par exemple, on estime que 40% des cancers pourraient être évités par une modification de notre mode de vie et de notre environnement. Si nous disposons de davantage d’outils de prévention, il y aura moins de malades, moins de traitements lourds, et donc moins de médicaments et de coûts pour la société.

C’est la même chose pour les urgences : les services sont de plus en plus saturés alors qu’un grand nombre des personnes qui s’y présentent relèveraient d’avantage de la médecine de ville ou d’autres formes de prise en charge, sociales ou médico-sociales. L’hôpital doit pouvoir se recentrer sur ses fondamentaux.

J. D. : L’hôpital n’a pas vocation à tout faire. Il faut pouvoir définir précisément qui intervient dans la chaîne du soin, et à quel moment.

Dans huit mois, vous occuperez un poste de direction au sein d’un établissement hospitalier. Un message à faire passer aux directeurs qui vous lisent ?

C.T. : Sortant de notre formation initiale ou plus expérimentés, on amène avec nous tout notre vécu, toute notre expérience passée, pour contribuer à apporter un regard neuf sur l’hôpital. Vous pouvez nous faire confiance !

J.D. : Nous sommes décidés à démontrer au quotidien que le directeur d’hôpital est un Acteur majeur de la santé publique, au cœur des évolutions de l’hôpital et de la prise en charge des personnes.

 

Propos recueillis par Christelle Cozzi et Anne Adam


L’équipe du blog du Groupe MNH remercie Clément Triballeau et Jocelyn Dutil pour cette interview et la Paris Healthcare Week d’avoir rendu possible cette rencontre.

Découvrez toute l’actualité de la promotion Simone Iff de l’EHESP sur leur site Internet et via leur compte Twitter !

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