Interview : David Gruson, délégué général FHF


David Gruson : « Nous voulons faire évoluer la carte hospitalière sur les 10 à 15 années à venir »

L’équipe du média Groupe MNH s’est entretenue avec David Gruson sur les défis que relèvent aujourd’hui les hôpitaux français. Le délégué général de la Fédération Hospitalière de France (FHF) a particulièrement insisté sur l’importance du numérique dans l’évolution du système hospitalier. Entretien.

 

Comment êtes-vous arrivé à la FHF ?

Je dois beaucoup à Gérard Vincent, mon prédécesseur à la FHF, avec qui j’ai beaucoup collaboré. J’ai toujours travaillé dans le secteur hospitalier. Cependant, j’ai passé plus de temps à traiter les sujets médico-sociaux que sanitaires. Le rôle que j’exerce aujourd’hui est un rôle qui est assez simple à formuler mais qui peut prendre des formes diverses : rassembler les acteurs dans le domaine de l’hôpital public pour essayer de faire converger nos positions sur différents sujets. Le but principal est de faire porter des messages en faveur de l’hôpital d’aujourd’hui et de demain. Je considère ce poste comme une chance.

J’ai entamé un Tour de France afin de rencontrer directement les adhérents sur le terrain et ainsi, au gré de leurs retours, pouvoir améliorer le système hospitalier. De plus, nous ouvrirons une plateforme numérique spécialisée pour la FHF à l’occasion de la Paris Healthcare Week 2016.

paris-healthcare-week-2016.jpg

Que pouvez-vous nous dire sur cette plateforme ?

Elle nous permettra d’interagir avec les acteurs de la santé, mais aussi avec le public. Selon moi, les réseaux sociaux sont indispensables à notre vie actuelle et permettent de démultiplier les messages. Nous allons chercher à optimiser les réseaux sociaux dans le milieu médico-social. Cette plateforme servira à changer les messages trop complexes, ou, a contario, très simplistes, que l’on a tendance à voir dans les médias. Si le grand public lit souvent des articles très simples, les professionnels ont souvent droit à des papiers très techniques. Voilà pourquoi nous voulons délivrer un message clair, accessible à tous notamment grâce aux réseaux sociaux.

L’une des principales initiatives de la plateforme est de mettre en valeur l’hôpital. Nous sommes dans une période où le système hospitalier est attaqué sur son mode de financement alors que dans le même temps les français n’ont jamais été aussi conscients de l’importance du service public .Voilà pourquoi cette mission est aussi importante : mettre en avant cet attachement à l’hôpital et au service public. L’un des autres défis de la plateforme est d’apporter, certes, des propositions techniques, mais surtout, redonner du sens pour fédérer ceux qui vont vivre l’hôpital. Le changement est permanent, il faut donc s’adapter.

 

Avec près de 100 ans d’existence, que pouvez-vous dire sur les évolutions de la FHF ?

L’histoire de la FHF est extrêmement longue. Il faut rappeler que la FHF existe grâce à toutes les régions hospitalières de France. D’ailleurs, nous vivons actuellement une évolution très importante puisque nous opérons un regroupement de toutes les fédérations régionales. Ce processus prendra jusqu’à fin juin. En fusionnant ces fédérations, nous pourrons créer des postes de délégués régionaux permanents pour accompagner les propositions de nos 1000 adhérents hospitaliers à travers la France auprès des Agences Régionales de Santé. Personnellement, je crois beaucoup à ce projet. Nous voulons faire évoluer la carte hospitalière sur les 10 à 15 années à venir.

[Pour rappel, au 1er juillet 2016, les directeurs généraux des agences régionales de santé arrêteront la liste des GHT.]

J’ai vu la FHF grandement évoluer entre le moment où je suis arrivé vers 1999-2000 et aujourd’hui. Gérard Vincent a eu des intuitions très fortes dans le domaine du médico-social, qui ont été portées, et qui me semblent toujours valides, ce qui a contribué à de nombreux changements. La révolution du numérique et des métiers hospitaliers ont également fortement bouleversé l’organisation de la FHF.

FHF_visuel.png

 

Pensez-vous que le numérique soit une révolution pour le secteur hospitalier ?

Bien sûr, car il permet de rassembler tous les acteurs plus facilement qu’avant. Prenons par exemple le financement de l’innovation thérapeutique. Il y a d’un côté le débat grand public, au sujet du coût, de la prise en charge des patients et de l’autre côté, un débat très technique sur la tarification à l’activité (T2A). Alors que les deux sujets sont intimement liés, ils sont trop déconnectés l’un de l’autre. Comment est-ce que l’on peut obtenir des financements thérapeutiques adaptés sans tenir compte de la contrainte économique des établissements ? Si la FHF a un rôle de pédagogue pour rétablir ce continuum entre le débat de fond et l’aspect technique, le numérique permet de rassembler ces éléments encore plus rapidement.

Pour donner un exemple plus concret de cette démarche, lorsque j’étais directeur général au CHU de La Réunion, j’avais soutenu Queezie, une start-up qui a mis en place une application pour smartphone contenant un jeu thérapeutique sur le sevrage tabagique. C’est une innovation que nous souhaitons encourager et ce projet peut mener d’autres individus à faire de même. Via ces exemples, on voit que le numérique n’est plus une affaire de spécialiste, mais qu’il est dans tous les compartiments de la vie, dont la santé et l’hôpital.

unnamed222.jpg

Quel serait le pire scénario possible pour l’hôpital selon vous ?

Ce serait celui où l’hôpital cesserait de s’adapter aux besoins de la société. Ce n’est pas totalement virtuel puisque les changements sont tellement rapides que l’on a parfois le sentiment d’être dépassé. Avec l’avènement de la télémédecine et de toute la santé connectée, nous devons intégrer cette matrice dans notre politique. De plus, le pire scénario pour l’hôpital serait que l’Etat compresse davantage ses dépenses pour le service public et le secteur hospitalier. Je ne veux pas croire à ce scénario puisque le secteur médico-social est au cœur de notre système. Toutefois, un décrochage n’est pas impossible, il faut toujours avoir une longueur d’avance.

Nous remercions David Gruson, délégué général de la FHF pour cette interview et ses éclaircissements sur les problématiques hospitalières et sur l’impact du numérique dans le domaine de la santé.

Retrouvez la MNH au stand J50 lors de la Paris Healthcare Week 2016 pour soutenir les actions de la FHF. Retrouvez tout le programme par ici.

 


La FHF met en place une nouvelle plateforme politique

Validés le 23 mars dernier par le Conseil d’Administration de la FHF, les travaux préparatoires d’une future nouvelle plateforme politique seront présentés pour la première fois lors de la Paris Healthcare Week 2016. Cette plateforme a pour but principal de « renforcer les réflexions avec l’ensemble des acteurs du monde de la santé », selon le communiqué de presse de la FHF.

Afin de mener à bien ce projet, le Conseil d’Administration souhaite collaborer étroitement avec les Fédérations Hospitalières Régionales. Le Tour de France effectué par David Gruson, ainsi que par le Président de la FHF, Frédéric Valletoux, constituera d’ailleurs un élément clé dans ces travaux. Ces derniers ont aussi « insisté pour que les réflexions de la FHF accordent une importance particulière aux problématiques médico-sociales, à la télé-santé ainsi qu’aux outre-mers. » Enfin, un sondage d’opinion de grande ampleur, mené via un baromètre social et des benchmarks internationaux, sera au cœur de cette plateforme.


 

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *