Matthieu Girier – adRHess : « C’est de la ressource humaine que naît la transformation, et non l’inverse »

La 5e édition des Rencontres RH de la Santé [#RRH16], co-organisées par la FHF et par l’adRHess, se tient cette année à La Baule les 3 et 4 octobre 2016, 2 jours après #CHAM2016 [#CHAM2016], 3 jours après les 14èmes rencontres de l’AFDS [#AFDS2016]. Dans un environnement en profonde mutation et à quelques mois seulement des présidentielles, le besoin d’échange et de partage s’intensifie parmi les acteurs de l’écosystème du soin, et les grands enjeux de santé ont besoin de se faire entendre.

A l’heure où nous célébrons les 30 ans de la Fonction Publique Hospitalière et afin d’éclairer les défis majeurs qui viennent d’ores et déjà impacter l’organisation humaine au sein des établissements hospitaliers, le Blog a choisi de donner la parole à Matthieu Girier. Directeur des ressources humaines au Centre hospitalier intercommunal de Créteil, Directeur référent du pole Spé. Cancer et Vice-Président de l’ADRHESS, Matthieu Girier nous fait partager au détour de cet entretien son engagement au service de la santé publique et sa vision des évolutions humaines et organisationnelles présentes et à venir…
________________________________________

Vous avez effectué l’ensemble de votre parcours au sein de la Fonction Publique et avez embrassé en 2011 la Fonction Publique Hospitalière, en rejoignant l’EHESP. Pouvez-vous nous en dire davantage sur votre parcours ?

A la sortie du baccalauréat, j’ai intégré l’Institut d’études Politiques de Bordeaux avec le souhait de passer les concours de la fonction publique. A cette appétence pour le public est venu se rajouter un intérêt marqué pour le travail de terrain et les ressources humaines, que j’ai développé lors d’un de mes stages de validation. La mairie d’Issy-les-Moulineaux qui m’a accueilli m’a offert une vue complète des contraintes, des défis et des potentialités de cette fonction stratégique, au carrefour des problématiques de l’hôpital.
J’ai poursuivi mon engagement dans cette voie lors de mon stage hospitalier à l’EHESP, au centre hospitalier Fondation Vallée, auprès de Jean-Marie Barbot, à l’époque président du CRG de l’ANFH Ile-de-France et président de l’ADRHESS. Cette structure familiale a été un tremplin pour mes premiers postes en tant que directeur : DRH du centre hospitalier de Lens, puis des Hôpitaux de Saint-Maurice, et aujourd’hui du centre hospitalier intercommunal de Créteil.

 


« Les ressources humaines sont au cœur du management de la rupture et du management de la transformation hospitalière. »

 

L’année 2016 marque les 30 ans de la Fonction Publique Hospitalière, telle que la définit la loi du 9 janvier 1986. Dans un environnement hospitalier sujet à de multiples bouleversements tant économiques que technologiques ou sociétaux, qu’incarne pour vous ce statut, et quelle est sa place dans les années à venir ?

Comme nous avons pu le dire et l’entendre lors du colloque de l’ADRHESS du 10 mai dernier, notamment de la part d’Anicet LE PORS, ancien ministre qui a porté le statut sur les fonds baptismaux, le statut de la fonction publique hospitalière a représenté une modernisation majeure des conditions d’emploi des agents publics hospitaliers.
Basé sur le principe d’une fonction publique de carrière, avec quelques aménagements au fil des ans qui ont fait progresser certains corps sur le voie d’une fonction publique de l’emploi, comme les directeurs d’hôpital ou certains métiers de la filière technique, il doit certes être toiletté, modernisé. Les motifs sont majeurs : certains règles absolues, le cumul de l’emploi, la réticence réglementaire face au contrat…

 


« Les DRH et les DS font partie des acteurs pivots qui doivent gérer cette rupture et mener la transformation (…) de la façon la plus progressive, la plus organisée et la plus partagée possible. »

 

Vous êtes Directeur des ressources humaines au Centre hospitalier intercommunal de Créteil, et Vice-Président de l’ADRHESS. Le rôle du Directeur des ressources humaines, au sein de l’hôpital : quel est-il aujourd’hui et quelle en est votre vision ?

Le rôle du Directeur des Ressources humaines, qu’il s’agisse de gérer les personnels médicaux ou non-médicaux, a pour spécificité de devoir gérer une part très importante du budget hospitalier, entre 65 et 80% selon les structures, tout en restant un directeur de grande proximité, qui assure avec la Direction des Soins et les Directions support qui animent les équipes sur le terrain la gestion d’une grande partie des petits tracas quotidien.
Ce grand écart permanent est une des tensions majeures qui caractérisent le fonctionnement des équipes RH, et qui en font un métier passionnant au sein du collectif hospitalier.
Mon investissement en tant que Vice-Président de l’ADRHESS est lié pour ma part à une conviction personnelle, celle qui veut que les directions des ressources humaines sont au cœur du management de la rupture et du management de la transformation hospitalière. Rupture, parce que plus que jamais l’hôpital doit s’adapter à :

  • une rupture technologique rapide qui voit les techniques, les technologies, la prise en charge, les communications évoluer à un rythme extrêmement accéléré,
  • une rupture organisationnelle, dans un contexte où l’ubérisation repose la question de notre rapport au travail,
  • une rupture générationnelle, dans un contexte où le management doit se repositionner, revoir son fonctionnement pour entrainer des équipes intergénérationnelles parfois bousculées par l’irruption, il y a quelques années, de la génération Y,
  • une rupture culturelle, où les valeurs professionnelles, personnelles, collectives, évoluent très rapidement.

Tout cela intervient pourtant dans un contexte où la rupture dans son acception la plus conventionnelle, celle du service public, de la continuité de l’activité, de l’accueil et du service aux patients, n’est pas possible.
Les DRH et les DS font partie des acteurs pivots qui doivent gérer cette rupture et mener la transformation, ou le changement, de la façon la plus progressive, la plus organisée et la plus partagée possible.

 


« Y aura-t-il encore des cadres en 2030 ? (…) L’hôpital de demain sera-t-il encore une structure pyramidale hiérarchique où va-t-il évoluer vers un macro-réseau interprofessionnel ? »

 

Vous venez de souligner le binôme que forment le Directeur des Soins et le Directeur des ressources humaines, que pouvez-vous nous en dire ?

L’activité de l’hôpital repose pour une grande partie sur les hospitaliers qui participent à la prise en charge et au suivi des patients que nous accueillons quotidiennement dans les établissements hospitaliers. La Direction des Soins, à la fois référence hiérarchique des agents soignants, experte métier et qualité de la prise en charge, est donc un acteur RH à part entière et un partenaire naturel incontournable des directions des DRH.
Qu’il s’agisse de gestion prévisionnelle des métiers et des compétences, de définition des organisations et des stratégies de soins, de quantification des besoins humains et de réflexions sur la qualité de vie au travail, les Directions des soins sont au premier plan des pourvoyeurs d’idées, de projets, d’actions, et une bonne DRH hospitalière ne fonctionne bien et ne peut manager la transformation que si elle forme avec la Direction des soins un duo de choc !
L’ADRHESS avait eu l’occasion de le rappeler lors de sa journée d’étude 2016, dédiée à cette thématique partenariale. Au-delà de nos valeurs souvent communes, nous partageons tous, DRH et DS, une vision et une ambition forte pour l’hôpital public.

 


(…) « Une bonne DRH hospitalière ne fonctionne bien et ne peut manager la transformation que si elle forme avec la Direction des soins un duo de choc ! »

 

L’Hôpital aujourd’hui, demain : vous évoquez la nécessité d’intégrer au système des modes de fonctionnement alternatifs, notamment en vue de permettre d’accueillir de nouveaux types de profils…

Une anecdote est assez éclairante des mouvements que l’hôpital connaît actuellement et l’aspect structurel de la rupture dont nous parlions plus haut : lors d’un récent séminaire d’encadrement, les directeurs adjoints de Créteil ont piloté des groupes de travail sur l’évolution du métier de cadre au sein de l’établissement.
Après des échanges d’une grande richesse, un cadre s’est interrogé avec l’ensemble du groupe sur la pertinence de la notion de cadre : in fine, y aura-t-il encore des cadres en 2030 ? Ne va-t-on pas vers l’émergence de professionnels référents sur des sections de compétences qui échoient aujourd’hui à l’encadrement ? L’hôpital de demain sera-t-il encore une structure pyramidale hiérarchique où va-t-il évoluer vers un macro-réseau interprofessionnel ?
Les évolutions que l’hôpital va connaître dans les années à venir pourraient bien remettre en cause des éléments unanimement considérés comme immuables. Pour y répondre, la meilleure réponse sera de travailler sur de nouveaux profils, destinés à accompagner cette rupture à multiples facettes, sur un plan organisationnel, comme les contrôleurs de gestion social, les économistes de la santé, sur le plan technologique, dans le domaine de la recherche et du développement, sur le plan culturel, avec des fonctions novatrices tournées vers la qualité de vie au travail, comme des animateurs sportifs pour le personnel, le renforcement des fonctions hôtelières et logistiques pour simplifier le travail, entre autres.

 


« Penser, appliquer froidement le changement ne peut conduire qu’à l’échec »

 

Les 3 et 4 octobre se tiennent les Rencontres RH de la Santé, co-organisées l’adRHess, dont vous êtes le Vice-président, et la FHF. Quels sont les axes de réflexion autour desquels vous avez choisi de bâtir cette 5e édition ?

Les Rencontres RH de la Santé, comme tous les ans depuis maintenant cinq années, sont à la fois l’occasion pour les acteurs RH de tous bords, directeurs des ressources humaines, directeurs des soins, attachés, cadres, d’échanger et de débattre autour des sujets qui font l’actualité des ressources humaines hospitalières, mais aussi, cette année plus particulièrement, de creuser un peu plus le sujet de la Qualité de vie au travail, grâce à plusieurs conférences dédiées, notamment sur le bonheur au travail.

 


« (…) nous sommes convaincus à l’ADRHESS que la qualité de vie au travail, le bonheur au travail, pour toutes les catégories professionnelles, doit être un enjeu pour les DRH dans les années à venir. »

 

Vous introduisez justement le 3 octobre la conférence du philosophe Raphaël Enthoven sur « Le bonheur au travail », une problématique plus que jamais au cœur de l’hôpital. Quel message souhaitez-vous faire passer au travers de cette intervention ?

Que dans la révolution hospitalière actuelle, la rupture et la transformation qu’elle implique doivent être l’occasion de progresser dans les sujets qui feront le système de santé de demain, toujours plus technologique, toujours plus performant, toujours plus sécurisé, dans lequel les professionnels de santé experts participent pleinement à la transformation.
On l’oublie trop souvent, c’est de la ressource humaine que nait la transformation, l’envie de changer et de bouleverser les habitudes, les pratiques et les routines. Penser, appliquer froidement le changement ne peut conduire qu’à l’échec : c’est pourquoi nous sommes convaincus à l’ADRHESS que la qualité de vie au travail, le bonheur au travail, pour toutes les catégories professionnelles, doit être un enjeu pour les DRH dans les années à venir.

 

Propos recueillis par Anne Adam Pluen


Le Groupe MNH remercie M. Matthieu Girier, Vice-Président de l’adRHess, pour sa disponibilité et le temps qu’il a bien voulu consacrer à répondre à nos questions.

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *